Certains qualifient ce match de “plus grand match de tous les temps”, pas nécessairement pour la qualité du jeu , mais pour l’extraordinaire symbolique qu’il a représenté, tant pour les Gallois que pour les Néo-Zélandais.
En cette année 1905, les Néo-Zélandais effectuent leur première tournée en Europe. Cette équipe, surnommée “ The Originals”, emmenée par son capitaine légendaire Dave Gallaher, renverse tout sur son passage. Elle écrase les sélections locales, et démolit tour à tour les sélections anglaise, irlandaise et écossaise. C’est une véritable stupéfaction au sein de la “mère patrie” de voir ses coloniaux qui humilient, dans une démonstration à la fois de force mais aussi de tactique, les meilleures équipes locales.
Mais la tournée doit encore connaître son point d’orgue : la confrontation contre le Pays de Galles, qui vient de remporter la Triple Couronne (victoire contre l’Angleterre, l’Ecosse et l’Irlande). Ce sont donc les deux meilleures équipes du moment qui vont s’affronter.
Ce match va susciter un engouement extraordinaire au Pays de Galles : les commerces vont fermer plus tôt, la presse ne parle que de cela, les gens parcourent des distances énormes pour assister au match dans le mythique Arms Park de Cardiff ou simplement pour en être proches.
Plus de 47.000 personnes vont assister au match dans un stade archi-comble et ont hâte d’assister à ce choc de titans.
Pendant cette tournée, le public et les joueurs locaux ont découvert l’intimidant Haka, interprété avant chaque match par l’équipe néo-zélandaise.
Toutefois, les Gallois n’ont pas l’intention de se laisser impressionner et prévoient une riposte.
Lorsque cet après-midi-là les Néo-zélandais terminent leur haka, les joueurs gallois entament le “Hen Wlad Fy Nhadau” (Land of my fathers), chant qui va être repris en choeur par tout le public de l’Arms Park.
C’est la première fois à cette occasion, tous sports confondus, qu’une équipe nationale entonnera son hymne -officieux en l’espèce- avant un match.
Dave Gallaher reconnaîtra plus tard qu’il n’avait jamais entendu quelque chose d’aussi impressionnant.
Le match se terminera par une victoire serrée (3-0) du Pays de Galles, qui sera parvenu à contrer le jeu néo-zélandais. Ceux-ci revendiqueront toujours qu’ils auraient dû gagner car l’arbitre leur a refusé un essai valable selon eux (le joueur néo-zélandais aurait aplati derrière la ligne et les joueurs gallois l’auraient tiré par les pieds avant que l’arbitre n’arrive, ce qui aurait ramené la balle avant la ligne ; l’arbitre a toujours contesté cela).
Pourquoi ce match a-t-il eu un tel impact, tant auprès des Gallois que des Néo-Zélandais ?
Cette victoire va contribuer pour les Gallois à la création de leur identité, de leur fierté nationale. Après avoir battu les autres nations britanniques (dont surtout évidemment l’Angleterre), ils sont devenus les champions du monde officieux en battant les Néo-Zélandais.
Ils se sont également trouvé un hymne qui est encore chanté aujourd’hui et qui célèbre la poésie, la langue et l’amour de leur pays.
Il en a été de même pour les Néo-Zélandais qui sont eux revenus de la tournée avec une seule défaite contre les Gallois (35 matchs, 34 victoires, 976 points marqués contre 59 encaissés !). L’impact sera énorme auprès de la population, qui s’est trouvé de véritables héros. Le rugby, comme - malheureusement- l’ANZAC pendant la première guerre mondiale plus tard, vont contribuer à forger l’identité néo-zélandaise et à mettre sur la carte ce bout de terre du bout du monde.
Sources :
J.STAFFORD, An illustrated history of Welsh Rugby, Polaris Publishing, 2021
D.SMITH - G.WILLIAMS, Fields of Praise, The Official History of the Welsh Rugby Union 1881-1981, Cardiff University of Wales Press, 1980
P.BILLS, Invincibles, les secrets révélés de la domination All Blacks, Marabout, 2018
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