On trouve dans toutes les cultures des exemples de sport pratiqués avec un ballon, que l’on propulse avec la main ou avec le pied, et avec comme objectif de l’envoyer dans un « goal », quelle que soit sa forme.

Qu’en est-il pour le rugby ? D’où vient-il ? Comment a-t-il évolué ?

Si l’on remonte à l’Antiquité, on va trouver tant chez les Grecs que chez les Romains des « sports » ou plutôt des activités physiques qui y ressemblent : la phéninde chez les Grecs et l’Harpastum chez les Romains. Ces jeux sont pratiqués de manière collective, entre deux équipes et avec une balle . Caractéristique principale de ces deux jeux : ils sont d’une violence extrême. Preuve en est qu’il existe trois manières d’arrêter son adversaire : l’étreindre, l’accrocher ou…l’étrangler. Ces sports, comme les autres sports en général d’ailleurs , sont fortement appréciés des Romains ( et défendus par les médecins de l’époque) car ils permettent le développement du corps et de l’esprit, le fameux « mens sana in corpore sano ».

On ne trouve ensuite plus trace de sport collectif de ballon pendant la fin de l’Empire Romain et le Haut Moyen Age. Les Jeux Olympiques, qui étaient essentiellement religieux, ont disparu de par la christianisation de la société.

Au Moyen Age , on voit apparaître pour la première fois en Angleterre la référence au jeu de Shrovetide en 1174. On va parler ultérieurement en Angleterre de Folk Football ou de Mob Football. En France, on va retrouver une série de références à une activité appelée la « soule », pratiquée principalement en Bretagne et en Normandie, mais également au sud de la Loire ou en Auvergne.. En Italie, on pratiquera le Calcio Fiorentino. Les Gallois jouent quant à eux au knappan, les Irlandais se défoulent au hurling tandis que les Ecossais pratiquent notamment le ba-game.

Des termes différents, mais à chaque fois le même principe.

En quoi consistaient ces activités ? Les matchs étaient organisés comme coutumes locales en fonction des activités agricoles. Les jeux de fête se tenaient à travers le pays à Noël et au Mardi-gras qui étaient souvent l’occasion pour des équipes de centaines de participants de porter, frapper et lancer une balle d’un bout à l’autre d’un village ou d’une ville. Les terrains n’étaient pas le plus souvent limités dans l’espace : les parties se déroulaient donc au travers des bois et des forêts. Elles pouvaient oppose une paroisse à un autre paroisse, ceux du nord de la rivière à ceux du sud, ou bien encore les hommes mariés contre les célibataires.

On notera que les autorités, en ce compris les autorités royales, ont voulu régulièrement interdire cette activité, que ce soit en France ou en Grande-Bretagne, car elles voulaient privilégier les activités qui seraient utiles pour la guerre, à savoir principalement l’archerie.

Si on ne joue plus à la soule en France ( on trouve encore trace d’une partie dans le Morbihan en 1986), ces jeux sont encore pratiqués dans certaines villes d’Angleterre et d’Ecosse et semblent visiblement conformes à ce qui se passait antérieurement ( avec peut-être un peu moins de violence).

On parle à cette époque de « football » au sens général du terme.

Le « football » était une activité du « petit peuple », violente, non soutenue financièrement, très éphémère et donc peu attirante pour les parieurs.

Il va toutefois connaître un déclin très important au 18ème siècle.

Le football a une réputation violente (dans une société qui l’est de moins en moins), n’est pas soutenu financièrement, et sa nature éphémère le rend inapte aux paris. Enfin, à part le cricket, ce sont plutôt les sports individuels qui sont en vogue à cette époque.

Deux législations spécifiques vont renforcer ce déclin.

Le football était pratiqué sur l’ensemble du territoire, sans qu’il y ait de limite « juridique ». Les terres étaient communes, ouvertes à tous.
L’Enclosure Act de 1773 va autoriser définitivement la privatisation des espaces ce qui va limiter les espaces communs. Le jeu ne pourra donc plus se pratiquer de la même manière et va perdre une grande partie de son essence.

Le Highway Act de 1835 va quant à lui interdire de jouer au football sur les routes, ce qui limiter définitivement les possibilités de pratiquer ce jeu ?

Dans l’Angleterre du début du 19ème siècle, le football « traditionnel », ainsi que d’autres nombreuses traditions populaires, a presque disparu et n’est plus pratiqué régulièrement qu’à un seul endroit : les Public Schools.

Olivier Couvreur